Rappel historique
Au début du XVIe siècle, les idées de Luther commencent à se diffuser dans le Comtat Venaissin. En 1530, la conversion aux
idées protestantes des Vaudois dans le Luberon sème le trouble dans la hiérarchie catholique et des persécutions s’organisent notamment à Avignon
puis s’étendent avec le massacre des Vaudois à Mérindol et à Cabrières-d’Avignon en 1545.
À Avignon, les hommes persécutés sont souvent des hommes de lettres, des juristes, des avocats, des médecins. Cette élite chrétienne est sensible
aux idées de la Réforme.
Pour contrer cette expansion, le pouvoir ecclésiastique catholique va encourager la création de confréries de pénitents de type dévotionnel qui
encadreront cette élite chrétienne. Il est intéressant de noter que nombre de créations de confréries de différentes couleurs à Avignon, Carpentras,
Cavaillon se situent au milieu du XVIe siècle. Ce nouveau type d’associations se substitue à des formes plus anciennes souvent à motivation
missionnaire, caritative ou liée à un corps de métier, sans élite particulière, avec peu d’adhésion aux dévotions
.
C’est aussi le début des guerres de religion dans le Royaume de France et dans le Comtat Venaissin, guerres indécises et meurtrières qui
se terminent, pour ce dernier, en 1589 où une paix est conclue entre le Comtat et la principauté d’Orange qui assure la protection des protestants
du Comtat et la jouissance réciproque des biens possédés dans les deux pays.
Il faudra attendre dix ans de plus, en 1598, pour que l’édit de Nantes arrête la guerre entre catholiques et protestants dans le Royaume de France.
En 1607, le prince catholique Philippe-Guillaume de Nassau de la Principauté d’Orange signe un édit semblable à celui accordé par Henri IV
aux protestants français.
Les protestants peuvent ainsi pratiquer leur culte sous certaines conditions.
Cent ans plus tard, au milieu du XVIIe siècle, une nouvelle vague de fondations apparait dans la Drôme (Dauphiné) avec de nouvelles motivations :
évangéliser les populations, propager le culte du Saint-Sacrement
et combattre l’hérésie protestante qui est bien présente dans cette zone géographique
.
C’est dans ce contexte que se crée à Cairanne une confrérie des pénitents blancs en 1650 qui perdurera jusqu’en … 1849 avec une interruption à
la Révolution!
 
Jacques Chiffoleau, Les confréries, la mort et la religion dans le Comtat Venaissin à la fin du Moyen Âge, Mélanges de l’Ecole française de
Rome, 1979/91-2.
 
Le Saint-Sacrement désigne l'Eucharistie, c'est-à-dire le pain (l'hostie) et le vin consacrés pendant la messe, qui sont reçus comme le corps
et le sang de Jésus-Christ. Par extension, le terme qualifie l'hostie consacrée elle-même, conservée dans le tabernacle ou présentée aux
fidèles (source : Internet)
 
Françoise Hernandez, les confréries du diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, Provence Historique, t XXXIV, fasc 136,1984
Une confrérie de pénitents 
C’est une association de laïcs qui rassemble une élite chrétienne qui doit remplir des obligations religieuses et morales. Elle forme une sorte
de société à part de la communauté disposant de statuts qui gèrent la vie des membres ou frères. Ils reposent théoriquement sur l’égalité
des membres, sur des procédures démocratiques d’élections des responsables. Ses membres doivent porter un habit spécial qui est censé effacer
les différences sociales mais qui permet surtout de se différencier des autres habitants de la paroisse. Enfin il devra exister une forte
solidarité dans une assistance religieuse du frère malade ou mourant.
L’objectif non avoué du clergé et des évêques est d’encadrer les élites pour éviter qu’elles se tournent vers l’hérésie protestante en leur
imposant un grand nombre de pratiques religieuses individuelles et collectives et pour entrainer les autres hésitants. |
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 source : Gallica
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 Françoise Hernandez, Les confréries
des pénitents de la région de Montélimar aux XVIIe et XVIIIe siècles, Colloque le pays de Montélimar provençal
ou dauphinois ?, 1994.
Confrérie des pénitents blancs de Cairanne
Les archives d’Avignon possèdent un document daté de 1767 où les pénitents blancs du moment à Cairanne reprennent les statuts qui ont
été approuvés par l’évêque de Vaison, Joseph Suarès en 1650 .
Dans ces statuts, il est question d’une chapelle propre aux pénitents qui préserve leur indépendance. Cette chapelle a bien existé : elle
était adossée au donjon, ancienne mairie aujourd’hui. Bien national à la révolution française, elle tombe en ruine et est entièrement démolie en 1810
. Par contre nous n’avons aucune date de sa construction ou de sa restauration.
Revenons aux statuts des pénitents cairannais qui se déclinent en 15 articles, ici regroupés ;
- 1- des obligations religieuses
Elles sont très nombreuses et variées, collectives ou personnelles : messes dans la chapelle, messes paroissiales,
confessions, communion, chapelet, bénédiction du Saint-Sacrement, vêpres, litanies, processions, souvent en habit, obligatoires
pour les jeudi et vendredi saints.
Le pénitent est bien occupé !
- 2 - des obligations morales
Quand quelqu’un sera malade, consoler le malade, veiller les morts en habit et assister aux funérailles.
La formulation ambiguë ne permet pas de savoir si cela concerne uniquement les frères ou toute la population. Cependant un
autre article est libellé ainsi : la dite compagnie aura quatre fallata
lesquels quatre les dits confrères porteront toutes et
quante (chaque) fois qu’on portera la sainte eucharistie à quelque confrère malade.
- 3 - des obligations de délations
On aura l’œil sur toute chose pour que la charité et les dilections
fraternelles soient maintenues et on préviendra le
recteur si quelconque fait le contraire. En cas de comportement scandaleux, le confrère pourra être corrigé, et même chassé et
banni de la dite confrérie.
- 4 - des obligations financières
L’entrée dans la confrérie est payante 20 sols et une cotisation annuelle de 4 sols est exigée
- 5 - des obligations administratives
Le dimanche de quasimodo, les pénitents choisiront un recteur, deux conseillers et trois personnes à la pluralité des voix.
Pour le régime des femmes : on en choisira deux dépendantes en tout et partout du recteur.
Donc les femmes sont admises dans la confrérie, on verra qu’un siècle plus tard elles seront nombreuses.
- 6 - Des obligations de contritions
Que pendant le dit jour (vendredi saint) quelqu’un veut se discipliner (repentir), il le fasse dans la dite chapelle
avant l’office ayant le visage couvert mais il ne sera pas possible à accorder de se discipliner en public, la porte fermée,
les cierges éteints.
- 7 - des obligations de « formation permanente »
Tous les troisièmes dimanches du mois, l’assemblée se réunira pour écouter une conférence spirituelle.
La confrérie de Cairanne est érigée sous le nom et titre de l’Immaculée Conception et de saint Joseph.
Ces statuts ne donnent pas d’information sur l’habit du pénitent blanc. Une description est donnée dans cette référence
qui correspond à l’image ci-dessus :
les pénitents sont habillés en blanc en forme d’aube et un capuchon couvrant la face ny ayant grille que les deux trous pour
les deux yeux, portant le chapelet et un cierge allumé.
Jusqu’en 1767, on n'a aucune archive donc pas d’informations ni de détails sur la vie quotidienne de cette confrérie à part quelques
actes notariés et les visites pastorales des évêques dans la paroisse de Cairanne.
Comme toute association, la confrérie doit gérer des biens et établir un budget. Ils empruntent de l’argent sous forme d’achat de pension.
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 source :
privée
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ADV, 5E53, Joseph Suarez (1592-1677). /      
ADV, 6Q10. /      
Lanterne.
 
La dilection est un nom d'origine religieuse et littéraire qui désigne un amour tendre, pur et spirituel porté à quelqu’un.
 
Chevalier, Manifestations religieuses à Montélimar en 1583, référence 5, Françoise Hernandez, Les confréries des pénitents de la région
de Montélimar, colloque, 1990.
1673 Visite pastorale 
En 1673, visite pastorale de Cairanne de l’évêque de Vaison Louis de Suarez neveu de l’évêque Joseph Suarez qui avait approuvé les statuts
des pénitents en 1650 !
Et après il s’est acheminé à la chapelle de saint Joseph sous le titre de l’immaculée conception et de saint Joseph où se trouve la confrérie
des pénitents blancs du dit lieu a été reçu par le sieur Armand, recteur et plusieurs de ses confrères en habit…
Il visite la chapelle, fait quelques commentaires d’usage et ajoute avoir ordonné que chacun rendra compte au curé du présent lieu et que les
recteurs modernes rendront compte de tout le passé.
Il y a une volonté de discipliner les pénitents et de chercher à les intégrer à la vie paroissiale et ceci dans toute la région
.
Le pouvoir ecclésiastique aurait-il peur de déviance, voire de trahison de communautés qu’il avait lui-même encouragées ?
 
ADV, archives de Cairanne, GG9.
 
Trois membres de la même famille se sont succédés à l'évêché de Vaison au XVIIe siècle : Joseph-Marie de Suarès : évêque de 1633 à 1666,
Charles-Joseph de Suarès : frère cadet du précédent, évêque de 1666 à 1670 et Louis-Alphonse de Suarès : Neveu des précédents, évêque de 1671 à
1688.
 
ADV, archives de Cairanne, GG9.
Gérard Coussot
(Merci à Madame Hernandez de Saint-Paul-les-Trois-Châteaux pour la documentation fournie)
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