Quelques généralités
Nous ne reprenons pas l’histoire et l’origine des noms de famille. Retenons que le cadastre de Cairanne du XVe siècle donne des noms de famille en latin certes mais proche des
noms actuels tandis que le cadastre de 1702 donne des noms dont beaucoup existent encore aujourd’hui. La Révolution française dans ses soucis de normalisation autorise un ou
plusieurs prénoms par citoyen dans une liste préétablie et un nom de famille. Ce qui obligera les familles juives à changer de prénom. Nous avons vu ce cas pour la famille Mévil
habitant au château Gallifet de Cairanne où l’épouse Rachel Mevil est devenue Virginie Mévil .
La Révolution française refuse tout surnom et la particule disparait d’elle-même, souvent pour des raisons de survie !
Cependant la tradition des surnoms est bien présente et dans la recherche d’une meilleure identification des individus, l’administration française va s’intéresser au surnom des
personnes à partir de 1807 pour établir les propriétaires des parcelles dans le cadre de la réalisation du cadastre napoléonien de chaque commune et en 1815 pour établir la
liste nominative des conscrits.
Chronique de juin 2019.
Définition d’un surnom 
La législation distingue l’usage des surnoms des sobriquets. Le premier est nécessaire en cas d’homonymie, dans le cadre d’activités libérales ou commerciales où on ajoute
le nom de son épouse ou de sa mère. Le sobriquet est un surnom en général donné par des tiers au vue d’une particularité physique ou morale de la personne qui souvent le
subit avant de l’assumer. Souvent dans la vie courante il élimine le nom patronymique et la personne n’est souvent plus connue que par son sobriquet.
À partir de 1800, les administrations civiles et militaires seront intéressées à connaitre le surnom ou sobriquet pour établir la listes des conscrits et des contingents puis
pour établir la listes des propriétaires lors de l’élaboration du cadastre de 1826 à Cairanne.
Dans la suite de cette chronique on utilisera le nom de surnom et on s’appuiera sur la liste des propriétaires de Cairanne et de leurs surnoms lors de l’établissement du
cadastre de 1829 et dans différents domaines administratifs. Puis quelques surnoms du XXe siècle seront proposés.
On n’évoquera pas les surnoms liés à la sphère familiale mais ceux
utilisés dans le cadre d’une vie sociale de la communauté
Le cadastre « napoléonien »
En 1807, une première loi définit ce que sera le nouveau cadastre : le plan de chaque parcelle, son propriétaire et sa valeur fiscale pour toutes les communes de France,
un travail colossal qui sera achevé en 1850.
Si les opérations d’arpentage relèvent d’une science exacte, l’établissement de la valeur fiscale en fonction des cultures donne lieu à de nombreux débats mais aboutira.
Une liste des noms des propriétaires par ordre alphabétique avec leurs parcelles, leur imposition sera réalisée en deux exemplaires dont l’un est déposé à la mairie, c‘est
la matrice cadastrale (la mairie de Cairanne l’a).
L’indication du surnom est expressément prévue dans les consignes données au « géomètre de première classe » chargé d’établir la liste des propriétaires.
 source : privée
En 1882, les lois Jules Ferry imposent l’instruction primaire obligatoire pour les enfants à partir de 6 ans. Bien des enfants ont dû découvrir leur nom de famille !
Les surnoms de Cairanne
Le cadastre de Cairanne est publié en 1826, une soixantaine de surnoms sont identifiés.
Ils sont en général en français mais devaient être en provençal donc une traduction plus ou moins fidèle sauf un Jean COMBE, chiaïre, chieur en français,on
comprend qu’il n’a pas été traduit ! Tous s’appliquent à des hommes à l’exception d’un, Madeleine GIRARD dite mechon de Rasteau (sans doute un diminutif de Madeleine).
Ils se déclinent :
- selon un autre prénom ou un diminutif du prénom : Esprit ARTAUD : jacques, Hypolite DELUBAC : jannot, Augustin BEAUMET : tonin, Pierre GIRARD : quenin,
Joseph MICHEL : marius, Esprit ROUX : raymond, Antoine NICODEL : tonin.
- selon son métier : Xavier JAMBON : le bourrelier, Siffrien CALANNEL : jardinier, Joseph HUYNES, commerçant, BOMMENEL François : lavocat,
- selon son caractère : Joseph BOMMENEL : lesage, Francis FEVRIER : leguerrier, Joseph GIRAUD : lange, Jean GIRARD : grandesprit,
- selon son physique : André ANDRE : legrelé, Étienne BAGNOL : lerouge, Jean Pierre BRUNEL : Bautetard, Denis COUSTON : leborgne,
François FOURNIER : sarrazin,François GRANIER : lepetit, Joseph GRANIER : Legrand, CARPENTRAS Dominique : trefort, Alexis BOMMENEL : bellebarbe,
- selon le lieu, la région, le pays d’habitation ou d’origine : Joseph CROZET : courthezon, MICHEL Eloi : chambery, MICHEL Louis : lamassat (lieudit au nord-est de Cairanne)
- selon une ancienneté militaire :
François VERCHERE : dragon, Joseph MAULLUS : lechasseur
- et d’autres expliqués à partir du provençal :
Joseph ALEXANDRE : piboulet, petit peuplier ? (piboulo en provençal),
Joseph BRUNEL ; gambie, boiteux,
Joseph GIRARD : sigalas, qui aime boire,
Joseph MALARTHE : gige, diminutif de Joseph,
Antoine MICHEL : petenchon, peureux,
Joseph MANSIS : letory, le tordu
- et d’autres mystérieux :
Joseph GILLIEN : jabrique, François GAUTIER : auzias, Hyacinthe MICHEL : foudin, Esprit BEAUMET : labled, Joseph BRUNEL : gambie,
Alexis GIRARD : chabran, François GAUTHIER : auzias, Hyacinthe MIHEL : foudin, Joseph RABASSE : lesoupé
Dans les années 1950 - 1960, c’est la dernière génération à porter des surnoms. Voici quelques exemples :
- Bosco : Emile Danjaume, menuisier dans le vieux Cairanne : surnom donné parce qu’il avait fréquenté l’école de Don Bosco, établissement scolaire catholique qui existe toujours.
- Boscotte : Rosa sa femme redoutable par sa langue ...
- Petit Louis : à demi aveugle il se déplaçait avec une canne blanche et descendait chaque jour au bas du village.
- Sadou : Mr Pesce, arrière-grand-père d’Hugues Fréau, il logeait chez Madame Dorgal.
- Les Calabrais : d’origine italienne, ils habitaient l’actuelle maison d’Alice Rossin
- Les Pelot : famille de gitans dont le père était autrefois maquignon.
- Le peintre ou le rapin : Emile fournier, l’artiste peintre.
- Petanchon : Famille paternelle Michel Aimé (Marie Ange Imbs)
- Bicheille : autrefois Girard actuelle maison de Pascal Tosi.
- Miron : Gaston Richaud, apprenti du menuisier Danjaume. Décédé dernièrement.
- Anjon : habitante dans l’impasse d’Alice Rossin au vieux village
- Polite : Fleury Delubac , oncle de Nicole Delubac.
- Rabasson : petit homme bossu qui habitait seul (maison détruite) près du moulin troglodyte. Il s’est suicidé dans le bassin de la fontaine en laissant
un mot : ni fleurs, ni couronnes
Epilogue : la fin des surnoms
On peut voir que les femmes reçoivaient peu de surnoms. C’est sans doute que l’espace sociale dans lequel elles vivaient était réduit.
Dans les années 60, en s’ouvrant à l’extérieur par des moyens de communication et d’échange nouveaux, la communauté perd sa cohésion, le parler provençal disparait !
Des emplois plus techniques moins terriens, l’arrivée d’étrangers, l’ascenseur social, des activités commerciales vers l’export,contribuent à la disparition des
surnoms remplacés par le numéro de sécurité sociale pour l’administration !
Anne Laberinto-Gridine Gérard Coussot
|