(Jackie Grosset nous raconte ses souvenirs de jeunesse à Caderousse, avec la complicité d’Anne Laberinto-Gridine. Un grand merci !)
Caderousse
Caderousse est un village du Vaucluse, à l’ouest d’Orange, qui est entouré d'une monumentale digue longue de 1700 mètres et haute de 3 mètres qui le protège des débordements
du Rhône tout proche.
En 1856, le village subit une crue historique et une vague de plus de 7 mètres le submergea entièrement ce qui incita Napoléon III à faire construire la digue de
protection qui encercle totalement Caderousse avec seulement deux entrées : les portes Castellan et Roche.
Lorsque le Rhône débordait, les granges situées dans la campagne étaient complétement isolées et les habitants se réfugiaient à l'étage le temps de la crue,
ce qui était le cas de la famille Cambe au quartier de Miémart
proche de l'ancien pont de Roquemaure, bombardé en 1944 .
 Miémart : quartier situé au sud de Caderousse.
 Pont de Roquemaure :
bombardé en août 1944 par les Aillés. En attendant sa reconstruction la traversée du Rhône était assurée par un bac à traille
tenu par Jean Heraud, grand-père maternel de Jackie Grosset.
 source : ADV
Le Rhône et à gauche un bout de la digue de protection
source : Association
Les différentes hauteurs d’eau sur le mur de la mairie avant la construction de la digue à la fin du XIXe siècle
Souvenirs
Jackie Grosset, originaire de Caderousse, nous relate ses souvenirs : «Mon père, Albert Cambe cultivait le millet
jusqu'en 1963/65 puis il changea de culture pour se diversifier
dans les primeurs.
Nous étions quatre enfants : 2 garçons et 2 filles, et notre ferme était située à près de 3 km du village. Avec d'autres enfants du voisinage, nous allions à pied à l'école,
située dans le centre du village, en suivant une digue et cela en toutes-saisons sauf en cas de très mauvais temps ou d'inondation.
Lorsque le Rhône débordait après de fortes pluies ou la fonte des neiges, Caderousse était complètement enfermée par les « bastardèu »
placés aux deux entrées du village et ce n'était qu'une question d'heures pour envahir la campagne environnante.
Chez nous, pour mesurer l'avancée de l'eau, on mettait des cailloux devant la maison et dès qu'elle atteignait le rez-de-chaussée, grâce au
«recatadou » on montait les chevaux et le matériel agricole à l'abri.
La famille s'installait à l'étage pour y vivre le temps de la crue dans trois chambres dont l'une servait pour la cuisine qui se faisait sur un petit réchaud à gaz à deux feux.
Nous nous éclairions uniquement à la bougie et le chauffage était précaire.
Le ravitaillement, prévu à l'avance, était aussi assuré par les pompiers ou le Génie d'Avignon qui maintenaient le lien avec les habitants isolés, bien que chaque
maison possédât une barque.
Selon les années, l’inondation qui faisait partie de la vie locale pouvait durer quelques jours ou quelques semaines !
À la décrue, il fallait nettoyer le limon accumulé partout et se réinstaller au rez-de-chaussée pour reprendre une vie normale. Lorsque les eaux se retiraient, ma mère
parfois récupérait des poissons abandonnés devant la maison par la décrue.
En 1965, le Rhône a débordé 6 fois dans l'hiver, et la dernière inondation s'est produite 38 ans après en 2003. »
 La culture du millet donnait de belles pailles pour la fabrication de balais
dont Caderousse fut un centre important de production jusque dans les années 60-70 en concurrence avec Lapalud et Courthezon.
 Bastardèu (batardeaux) : barrages provisoires fait d'éléments étanches
superposés pour supporter la pression de l'eau.
 Recatadou (refuge) : plan incliné situé sur un côté de l'habitation pour monter à l'abri bêtes et matériel. .
 source : famille Grosset
Caderousse pris dans une inondation du Rhône
Jackie Grosset (avec la complicité de Anne Laberinto-Gridine)
Annexe : fabrication de balais à Caderousse
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 source : DC
Dernier séchoir à millet
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« À Caderousse ce sont plusieurs dizaines de fabriques qui exercent l’activité. Il n’y a pas une famille qui ne compte dans ses membres des ouvriers ou ouvrières
travaillant
dans les balais. Les recensements fins XIXe et début XXe à Caderousse dénombrent des centaines de baletiers. En 1891, on aura même la création
d’une chambre syndicale de l’union balaitière. »
Extrait d’une belle présentation sur cette activité faite par nos collègues de l’Association du Patrimoine de Caderousse: https://www.lalevado.fr
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