vous êtes sur le site : www.cairannevieuxvillage.eu


Bulletin de réservation de la publication des chroniques 2014-2019 : Soumettez

Dossier "Les rubans du Patrimoine" de Cairanne : Cliquez


La chronique d'octobre 2021

Les vacances à Cairanne au siècle dernier (1)


version imprimable

L'affiche
En rangeant des dossiers, j'ai trouvé récemment un carnet commencé lorsque j'avais 11 ans dans lequel je consignais mes souvenirs de vacances dans les Vosges, puis à Cairanne. En relisant ces quelques pages à l'écriture naïve, je réalisais que le village de Cairanne joua un rôle important dans ma vie dès mon enfance. À cette époque pourtant, il n'avait pas la renommée qu'il acquit par la suite.
Lorsque je partais en vacances chez ma grand-mère, Madame Veuve Paul Affre, comme on l'indiquait sur l'enveloppe du courrier qui lui était adressé, et que j'annonçais fièrement à mes copines de classe à Montpellier que j'allais à Cairanne, personne ne comprenait mon enthousiasme car aucune ne connaissait l'existence de ce village!... J'y passais toutes les grandes vacances durant la premiére partie de mon adolescence.
Bien des années plus tard, lorsque j'habitais aux Etats Unis, un jour en entrant chez un libraire de Los Angeles, j'eus l'extrême surprise de voir devant moi sur le mur de sa boutique, un poster représentant Cairanne sur lequel on pouvait même voir la maison de ma grand-mère :

– “Oh my God!
– Beautiful isn't it? This is Provence
– Yes I know and this is my village! Please sell me this poster, please ..."

Impressionné par le fait que je connaissais le nom de ce village qui de surcroît était le mien, et au vu de la passion qui m'animait, il me céda l'affiche qui me suivit dans tous mes déménagements !

La messe, le dimanche
Cette affiche des années 70 représentait un Cairanne qui avait déjà changé depuis mon enfance car, dans les années cinquante, le haut du village, que l'on nomme aujourd'hui “le vieux village”, était encore partiellement en ruines, à tel effet que je n'y montais avec ma grand-mère que pour assister à la messe du dimanche qu'elle ne manquait jamais. Nous gravissions une charmante calade étroite qui passait devant chez elle partant du petit oratoire pour terminer à la porte d'Autan. Cette calade existe toujours mais a été considérablement élargie... Tous les dimanches donc, ma grand-mère sonnait le branlebas de combat en rappelant à ceux présents chez elle qu'il ne fallait pas arriver en retard à la messe: “Dépêchez-vous car le premier coup a sonné” mais, il faut bien le dire, nous n'arrivions qu'après le troisième coup avec une grand-mère à bout de souffle pour avoir grimpé aussi rapidement que possible la calade! De surcroît, à peine assise au fond de l'église, elle dépliait un bonbon à la menthe qui l'aidait à mieux respirer mais dont le bruit du papier faisait se retourner les fidèles, à ma plus grand honte !
En fait, en quoi consistaient les vacances à Cairanne à part le rituel d'aller à la messe du dimanche ?

Le temps de vivre
Autant que je m'en souvienne, c'étaient des vacances paisibles et pourtant passionnantes. Tout d'abord nous prenions le temps de vivre, ce qui est de nos jours un vrai luxe. Comme il n'y avait ni téléphone ni télévision je lisais beaucoup, surtout que la bibliothèque de ma grand-mère était remplie de livres nombreux et variés rassemblés par mon arriére grand-pére, Charele Affre, qui était l'instituteur de Cairanne dans les années 1890. Parmi ces ouvrages figuraient certains qui m'était interdits de lire. Le plaisir de les lire en enfreignant le règlement s'en trouvait décuplé! Pour les lire, je partais derrière la maison sous la pinède et grimpais dans un cyprès dont les branches à un certain niveau formaient une sorte de fourche dans laquelle je m'installais confortablement pour savourer ce livre dérobé, tout en ignorant les appels répétés de ma grand-mère qui me cherchait... Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi des ouvrages que j'allais étudier plus tard au lycée m'étaient interdits sous prétexte que j'étais trop jeune pour les lire!

Le facteur Monmon
Les matinées commençaient avec les aboiements furieux des trois chiens de chasse attachés dehors. Ils défendaient ainsi l'accès à la maison au gentil facteur de Cairanne, Edmond Gueyte, que nous appelions Monmon, et que, petite fille, je trouvais fort beau! Il avait toujours un sourire charmeur même lorsque ma grand-mère lui disait : ”n'approche pas trop car tu fais aboyer les chiens et ça reveille Danielle ! ” Ce à quoi il répondait qu'il était temps que je me lève !
Après le petit déjeuner, je nourrissais les nombreux animaux que possédait ma grand-mère et qui ravissaient la petite citadine que j'étais. D'abord les grains de blé ou d'orge jetés aux poules, à la dinde et au dindon, aux pigeons et, quand elles n'étaient pas perchées dans un arbre, aux pintades! Ensuite on fabriquait la pâtée pour les canards muets qui pinçaient les mollets et m'impressionnaient beaucoup ainsi que pour les oies. Ma grand-mère possédait en outre trois chèvres, un cheval et des lapins! Cairanne était un véritable paradis pour moi!

La Petite Jeannette
Certains jours nous descendions au Pontet faire les courses ce qui occupait toute la matinée! En ce temps-là il y avait deux épiceries : La Petite Jeannette et Le Soleil situé non loin du café tenu par Ludovic Manifacié, personnage haut en couleurs, semblant tout droit sorti d'un roman de Pagnol.
Ce café est devenu maintenant le restaurant “Le Tourne au Verre”. Plus loin en remontant vers l'actuelle Poste, Madame Guintran tenait une boulangerie et vendait également du lait. Il y avait aussi la boucherie Ribière dont le dernier emplacement fut à l'endroit où se trouve aujourd'hui le brasseur. Mais nous passions la plus grande partie de la matinée à La Petite Jeannette, tenue à cette époque par une dame nommée Esther et son mari Jean Mège. Ils nous accueillaient avec de grands sourires : “Tiens, voilà la vacancière me disaient-ils, tu es venue écouter le chant des cigales?”...
Je savais en poussant la belle porte vitrée du magasin que je devrais m'armer de patience en attendant ma tante qui s'asseyait d'emblée et devisait avec tout le monde... C'était l'endroit où le village se rencontrait, dans une ambiance bon enfant et gaie. Fort heureusement, on y retrouve cette convivialité de nos jours car les actuels propriétaires Robert, Guida et Perle ont perpétré cette tradition! La seule différence cependant est que le magasin relevait plutôt du bazar, au bon sens du terme, que d'une épicerie traditionnelle car, comme à la Samaritaine, on y trouvait de tout! J'ai le souvenir d'un magasin plus grand qu'il n'est aujourd'hui mais la vision d'un enfant n'est pas la même et la mémoire déforme les souvenirs comme chacun le sait. En tout cas on y trouvait des rouleaux de tissus qu'on achetait au mètre, des chaussures, des sandales et des espadrilles, de la mercerie et tous les produits alimentaires vendus dans une épicerie.
(À suivre)

Danielle Coussot

Summary: Summary: This is about Cairanne in the nineteen fifties as it was described in a diary written by an eleven year girl who used to spend most part of her summer holidays at her grand mother's house closed to the old village.
Mise à jour : le 1 octobre 2021
webmaster : Gérard Jacques Coussot