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La chronique de février 2020

Février 1956 : les olivier gélent


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Hiver 2019/2020. J’ai soixante-dix ans, La récolte d’olives est terminée, mauvaise : la mouche a sévi et les trois quarts des olives jonchent le sol sans avoir eu le temps de murir, les rescapées cueillies vertes pour essayer de sauver quelques litres d’huile avec un rendement bien médiocre. Pourtant les oliviers sont là, beaux arbres pour la plupart issus de la régénération des oliviers gelés en 1956.

Janvier doux
Cet hiver là j’avais 7 ans, à cet âge les souvenirs sont parfois diffus ou enfouis mais pourtant certains sont vivaces car cet hiver exceptionnel, le plus froid du siècle, a laissé des traces indélébiles dans ma mémoire. « On va le payer » cette phrase mes parents l’ont maintes fois prononcée tout au long du mois de janvier en constatant les températures de ce mois particulièrement chaud, la récolte d’olives s’étant faite en manches de chemises. Il avait fait trop chaud tout l’automne et cette année-là aussi la mouche avait réduit la récolte de moitié (545kg au lieu de 1120kg en 1955). Les amandiers étaient en fleurs. D’aucuns attendaient la chandeleur avec appréhension car les dictons rythment la vie des paysans « à la chandeleur l’hiver nait ou se meurt ». Les prévisions météo occupaient alors moins de place qu’aujourd’hui mais le froid était annoncé : Le 2 février le thermomètre passe de +12 à -10 puis affiche -18, -25 par endroit. Du jamais vu dans la région.

Vagues de froid
Trois vagues de froid intense vont se succéder tout le mois, la 1ère à partir du 2, la 2ième du 9 au 10, la 3ième à partir du 19. Les températures resteront négatives tout le mois.
Au début on pense que cela ne durera pas, on grelotte, la neige est là, le mistral souffle, on s’organise : il faut casser la glace pour abreuver le bétail, on rentre toutes les plantes, on fait marcher le poêle à bois nuit et jour, bouillottes, gros édredons en plume. Le froid s’installe dans la durée, l’école ferme, impossible à chauffer et chemins et routes ne sont plus praticables. Le ciel est gris, une brume permanente et un soleil rouge toute la journée. On reste calfeutrés. Cet hiver là j’ai appris à tricoter au coin du feu. On vit ainsi au ralenti pendant plus de 3 semaines.

S’alimenter
Malgré ce froid intense nous n’avions pas, heureusement, de problème d’approvisionnement en nourriture car nous vivions en autarcie sur la ferme. Poulets, lapins, œufs et légumes soit en conserve, pas de congélateur à l’époque, soit stockés dans des grands seaux couverts de terre tels poireaux et carottes. Maman faisait la cuisine sur le grand poêle à bois. Le plus difficile était cependant l’eau car nous n’avions pas l’eau courante et il fallait aller remplir des citernes avec le cheval à une source située à environ quatre cents mètres en contrebas de la maison. Cela pouvait prendre beaucoup de temps car tout était gelé et il fallait casser la glace autour de la source au meilleur moment de la journée pour espérer récupérer un mince filet d’eau. Lourde tâche pour Papa.

Les oliviers meurent
C’est lors de la deuxième vague de froid que l’on entend ce bruit terrible, un craquement sombre, rauque, lugubre comme un chagrin d’adulte, les oliviers « pleurent » diront certains, hurlent diront les autres. La sève ayant commencé à monter en janvier, ils éclatent, aucun ne résistera. La commune perd ses dix mille oliviers. Beaucoup seront arrachés, 50% renaitront soit en étant replantés, soit régénérés en gardant la motte et le pied. Le paysage ne sera plus le même, sur la colline les oliviers arrachés sont remplacés soit par des abricotiers, soit par de la vigne, soit pour avoir des revenus à court terme par des tomates, melons ou asperges. C’est ainsi qu’en 1956, chez nous le manque à gagner des olives a été compensé moitié par la récolte de tomates, moitié par celle des melons. Il faudra attendre presque dix ans pour avoir à nouveau une récolte d’olives sur les arbres régénérés. Aujourd’hui sur la colline aucune cultures maraichères, les abricotiers ont quasiment disparu, quelques champs d’oliviers demeurent et la vigne règne en maitre.

Marie-Claude Peyrache
Saint-Romain-en-Viennois



Source : BM Avignon, Le Provençal
Le Provençal commente l’événement

Fin février : le salon des Arts ménagers s’ouvrent à Paris, le journal Le Provençal fait de l’humour.
Malheureusement, le 4 mars une seconde catastrophe se déroule à Cairanne : la Montagne brûle.
Source : BM Avignon, Le Provençal
« Vous conservez également pour l’été les jouets d’hiver de vos enfants »



Source : BM Avignon
Le Rhône à Avignon en partie gelé


Summary: In February 1956, France was struck by an unusual cold weather. After a hot month in January, the temperature dropped from 12°C to -20 ° C and remained negative throughout February. The olive trees which were one of the main agricultural productions in the Vaucluse froze, cracking with a sinister noise and died. It will take several years for olive trees to produce olives again. Agriculture will be converted mainly to vine.
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Mise à jour : le 2 juin 2024
webmaster : Gérard Jacques Coussot