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La chronique du mois d'avril 2018

Saga Gallifet d'Honon de Cairanne
Louis François Gallifet (1695-1778), le dépensier sans héritier
Louis François Alexandre Gallifet (1748-1831), le cousin éloigné

Adieu fortune, adieu Cairanne !

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Nous allons traverser le XVIIIe siècle rapidement pour arriver à la Révolution et retrouver Cairanne. Pour comprendre cette chronique, il faut remonter à Alexandre II, prendre la voie de gauche en bleu sur le dessin ci-contre. Louis François n'ayant pas d'enfant, c'est Louis François Alexandre le cousin éloigné qui hérite.

Louis François Gallifet (1695 - 1778)
Il est le seul de cette saga qui soit né à Cairanne. Il perd sa mère à 10 mois et on le retrouve en 1705 à Paris où il est au collège. En 1717, son père Alexandre III (chronique d’octobre 2017) qui est toujours à Saint-Domingue, écrit qu’il souhaite lui acheter une charge en ces termes : Nous fîmes notre plan qu’il rentrerait plutôt dans Les Mousquetaires et dans l’académie que je lui achèterais une enseigne aux gardes dés qu’il pourrait en avoir .
Son père meurt à Saint-Domingue en 1719. Louis François est obéissant et sera enseigne aux Gardes-françaises à Paris en 1720. .
Ses exploits guerriers ne sont pas connus.
Aprés le décès de son pére en 1719, l’argent des sucreries de Saint-Domingue lui arrive tout au long de sa vie. Il est pris d’une frénésie d’achats de terres et de châteaux avec les titres qui vont avec ! En 1722, il achète le château et les terres de Marcilly pour 345 000 livres davantage pour jouir de ses droits seigneuriaux et s’assurer des revenus de la terre que pour son château qui restera en l'état pendant 25 ans.
Il achète sans arrêt des terres et châteaux dans toute la France, en Provence, en Touraine, en Champagne, 18 en tout en plus de Cairanne qu’il a eu par héritage ! En 1776, il se fait construire un hôtel particulier rue de Varenne à Paris qui est aujourd’hui l’Institut Culturel Italien.
À notre connaissance, il n’est pas revenuu à Cairanne et n'a pas entrepris de voyage à Saint-Domingue (voir note à la fin de la chronique) .
À la lecture de différents actes, nous avons le sentiment qu’il a deux préoccupations : d’abord faire oublier ses origines cairannaises c’est-à-dire transformer sa petite noblesse de Province en noblesse de Cour. Il sera présenté au Roi, honneur suprême !
Il n’a hélas pas de descendance: comment assurer la transmission de son nom et celle de son immense fortune ?
Le 4 sept 1765, il fait son testament : c’est un cousin issu de germain Simon Alexandre Jean qui a l’usufruit de ses biens et son fils Louis François Alexandre est nu-propriétaire. Celui-ci est donc le cousin éloigné de Louis François

Louis François Alexandre (1748 - 1831)
A la mort de Louis François en 1778, Louis François Alexandre hérite donc de son cousin éloigné Louis François (paragraphe précédent). Un état de sa fortune est fait en 1791 : ses biens en France s’élèvent à 6,7 millions de livres . Cairanne et ses 400 hectares de terres est estimé à 290 000 livres soit 3,5 % de sa fortune… une misère !
Et nous avons trouvé une estimation des terres de Saint Domingue faite en 1820 : 5,6 millions de livres avant la Révolution , chiffre qui inclut 1 000 esclaves .
Hélas la Révolution française arrive !
En 1788, Louis François Alexandre associé à d’autres propriétaires de Saint-Domingue monte une association le club Massiac pour défendre leur privilège et surtout l’esclavage. Ignorant la vie coloniale et les aspirations des populations, il essaie d’influencer le cours de l’Histoire mais en vain et ce club sera dissous en 1792. Entre temps, l’Assemblée Nationale décrète que les hommes de couleurs pourront jouir de tous les droits des citoyens actifs.

Exil en Italie
Rester en France pour les nobles devient dangereux, Louis François Alexandre s’exile en Italie à Florence en janvier 1791 . Il prend soin de détenir un passeport et de faire noter qu’il part en Italie pour « conduire sa fille pour continuer son éducation et s’y perfectionner dans la peinture et la musique ».
Il apprend que son procureur de Saint-Domingue, Odelucq, en a été assassiné par des esclaves révoltés en août 1791, que ses sucreries ont brulé et qu’il est sur la liste des émigrés. Fin janvier 1793 , il fait une demande de radiation de la liste des émigrés. Il y a deux projets et le mémoire définitif, déposés aux Archives nationales. Dans le premier, il part pour Saint-Domingue, y arrive et est obligé de repartir étant donné la situation révolutionnaire ; dans le deuxième projet, il part pour Saint-Domingue, s’arrête à Cadix, apprend la situation révolutionnaire à Saint-Domingue et revient en Italie. Le mémoire définitif est plus flou : il embarque pour Saint-Domingue, donne un bulletin de santé de Libourne le port d’embarquement, donne les noms du bateau et du capitaine... pour revenir en Italie !
En réalité, il n’a jamais dû quitter l’Italie !
La demande de radiation de la liste des émigrés est déposée auprès du Président des Bouches-du-Rhône en arguant que son départ en Italie était lié à l’éducation de sa fille mais cela ne trompe personne. Il ne reviendra en France que 8 ans plus tard en 1801 !

Retour en France et à Cairanne
Il va lui-même expliquer son retour dans un mémoire à ses créanciers en 1808 . En effet si ses actifs sont confisqués par la Révolution, les dettes courent toujours : il doit 1 million de livres. En avril 1802, il emprunte de l’argent (!) pour faire le tour de ses propriétés : pratiquement tout a été vendu sauf son hôtel particulier de Paris, utilisé par la République. Il vient à Cairanne, sans doute pour la première fois : tout a été vendu sauf une vigne qui a été affermée par la nation en assignats et une rente ! Il afferme cette vigne pour 9 ans .
Les biens saisis, non vendus, sont récupérés par les émigrés.
Ainsi il estime qu’il lui reste 1/20 de sa fortune en France et plus rien à Saint-Domingue où l’insécurité règne et où ses terres sont plus ou moins à l’abandon. Le procureur Odelucq été remplacé par Joseph Mossut qui s’exile un temps à Baltimore puis revient à Saint-Domingue pour partir définitivement en France en avril 1803 . Saint-Domingue, devenue Haïti , est indépendante en 1804.

Ventes révolutionnaires à Cairanne
Les terres du château Gallifet de Cairanne sont parties à l’encan en 1798. Chaque domaine est adjugé. A Cairanne : Le Château, le Reveillas, le Cabaret, Chantal, La Béraude, Caffin ; à Sainte Cécile : la Présidente ; à Tulette : Belair.
L’ensemble représente approximativement 400 hectares ! Les acheteurs ne sont pas cairannais.
En sachant que l’achat initial des terres en 1604 représente environ 140 hectares, l’agrandissement du domaine au cours des XVIIe et XVIIIe siècles s’est fait par des achats de terres de faible surface qui représentent plus d’une centaine d’actes notariés.
À ces actes d’achats, s’ajoutent tous les actes de fermage et autres... de quoi s'y perdre !
Les notaires de Cairanne, Saint-Cécile-les-Vignes et Tulette ont été bien sollicités.

La vie reprend
En 1802, la France est sous l’autorité de Bonaparte, de nouvelles opportunités apparaissent pour les émigrés après l’exil. Louis François Alexandre reprend possession du château du Tholonnet prés de Aix où il s’établit en juillet 1804. Celui-ci a été pourtant vendu comme bien national et quand aux biens du Tholonet on comprend que nous ne pouvons non plus nous faire l’écho des racontars répandus dans le pays plus ou moins vérifiables et d’après lesquels les Gallifet devraient à quelques habitants du Tholonet la conservation de leurs biens .
Le citoyen Gallifet a dû faire allégeance à Napoléon puisque par arrêté préfectoral, il devient maire en 1807 du village du Tholonet et ceci jusqu’à la veille de sa mort en 1830. Le prestige revient donc !
Après Napoléon, la France change de régime et redevient monarchique. Le roi Louis XVIII fait voter une loi en 1814 qui restitue les biens des émigrés détenus par la nation. Louis François Alexandre devenu marquis de Gallifet, seigneur du Tholonet récupère l’hôtel à Paris qui était resté dans le patrimoine de la nation. Puis en 1824, le roi Charles X propose un projet d’indemnisation pour les biens saisis aux émigrés par la Révolution et qui resteront acquis définitivement aux acheteurs.
Gallifet dut faire de nombreux dossiers dont un pour Cairanne déposé le 21 mai 1825 à la préfecture d’Avignon. En 1826 il lui est proposé une somme de 269 961 francs qui correspond à 20% du prix estimé avant la Révolution 290 000 livres. Il recevra aussi une indemnité pour ses terres perdues à Saint-Domingue.
La vigne de Cairanne est vendue en 1912.
C’est la fin de la saga Gallifet à Cairanne…pas tout à fait : il reste encore une chronique !


Gérard Coussot

Summary : In the 1960s, all the pictures of the old village in Cairanne reminded of WWII. The remaining church was surrounded with ruins mostly because the inhabitants had left their house to live down the village where they had spring water and other facilities.The 1971 municipal journal “Cairanne info”, mentions that the city council has the ambitious program of renovating the old village in spite of the magnitude of the task. All along the following years between 1972 and the beginning of the XXIst century there will be various achievements for the renovation of the old village as we can see it today.


Note après publication concernant Louis François
Dans la thèse soutenue en mai 2017 par Neba Fabri Yale, intitulée « Les habitations Gallifet de Saint-Domingue, un exemple de réussite coloniale au XVIIIe siècle 1 », l’auteur écrit que « peu de temps après la mort de son père Alexandre (en mai ou octobre 1719), Louis François entreprit un voyage à Saint-Domingue en vue de rentrer en possession des biens vendus par son père… Nous ignorons tout de la durée de son séjour sur l’île. Il récupéra les terrains vendus par son père avant sa mort, n’ayant pas été associé en tant qu’héritier aux ventes » . Alexandre, père de Louis François, meurt en mai 1719 . Le dossier militaire de Louis François indique qu’il est mousquetaire du Roi, reçu aux Gardes françaises, le 28 juin 1717 et qu’il s’en retire en novembre 1721 2. Il existe par acte notarié du 18 mars 1721 3, un envoi de Cairanne à Paris de quatre billets de banque de mille livres à Louis François , enseigne aux Gardes françaises, par son beau-père M. de Bonnot. Les 13 et 26 juin 1722, Louis François est à Paris, où il achète l’office de conseiller secrétaire du Roi à Marie Lemercier, veuve Espagneul 4. Ces différents actes nous ont conduits à écrire qu’il n’avait jamais été à Saint-Domingue après la mort de son père. À creuser !
1Consultable uniquement à la bibliothèque de l’Université de Grenoble-Alpes .
2SHD, GRYB26.
3ADV, M° Balthazar 3E70 176.
4AN, MT/ET/CXV/625.


Archives Nationales (AN), 107AP/20
Acquit de M. de Rochier son oncle, procureur de ses biens à Cairanne, Archives Dépt. Vaucluse (ADV), 1 PER 32.
Le château de Marcilly-sur-seine, Christian Taillard, Philippe Bechu/ Bulletin Monumental/Année2003/Volume 161/N°2

Source : Association
Pour comprendre cette chronique, il faut remonter à Alexandre II, prendre la voie de gauche Jacques frère de Pierre puis Nicolas, Simon Alexandre Jean et Louis François Alexandre le cousin éloigné de Louis François le mauvais géniteur.



AN,107AP/5. A cette époque, on vit dans l’opulence à Paris avec 75.000 livres par an.
AN,107AP/129.
AN,107AP/125w et AN,107AP/129.
Essai sur le Club Massiac par Gabriel Debien, Thèse, 1953, Bibliothèque de la Sorbonne, cote Z699.
AN, 107AP/12.
Gestionnaire de biens.


Source : Internet
L'hotel Gallifet à Paris, aujourd'hui Institut culturel italien



AN, 107AP/20.
AN,107AP/12.
AN,107/AP5.


Source : Internet
Le château de Tholonet près d’Aix-en-Provence. Aujourd’hui siège de la Société du canal de Provence


Cette vigne sera dans le patrimoine des descendants Gallifet jusqu’en 1912 (ADV 3P 4 410).
AN,107AP/129.
ADV, 1G62.
Le Mémorial d’Aix, journal politique, 27 février 1896.
ADV, 7Q27 et 7Q34.



Source : Internet/IGN
1802 : dans le cercle vert, la vigne retrouvée, aux lieux-dits le chemin des Partides et le Serre du Grand Plantier, représente environ 10 hectares (Parcelles B77, B130 et B131)

Mise à jour : le 20 mai 2024
webmaster : Gérard Jacques Coussot