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La chronique du mois de janvier 2018

La chapelle Saint Geniès (1)

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Un peu d'architecture
En Provence, les premières chapelles sont construites à partir du XIe siècle à la suite du renouveau spirituel des esprits (fin de la terreur de l’an Mille) et sous l’impulsion de grandes abbayes et de familles nobles. Elles sont construites aux emplacements favorables à l’établissement de l’homme, le long des voies, près des points d’eau, sur l’emplacement d’un culte primitif… Au XIIe siècle a lieu une deuxième grande phase de construction ou de reconstruction des chapelles précédentes.
Il possible de faire une synthèse architecturale et de les ordonner chronologiquement.
Au début du XIe siècle, l’appareillage est assez grossier, irrégulier avec des gros joints de mortier puis à la fin du XIe siècle, on trouve des pierres taillées pour les angles. A la fin du XIIe siècle, un bel appareillage soigné à joints fins triomphe.
Au XIe siècle, les voutes sont simples : l’abside est en cul-de-four et la nef en voute plein cintre en pierre, sans soutien. Mais la voute plein cintre ne résiste guère en raison de son poids et de la poussée latérale qui s’exerce sur les murs (Fig.1).
Aussi il apparait au XIIe des arcs de décharge pour soutenir les voutes plein cintre, reposant sur des piles (ou piliers) accolées contre les murs d’origine ainsi que des contreforts massifs extérieurs (Fig.2). A la fin du XIIe siècle, la voute en berceau brisé semble avoir gagné, exerçant moins de poussée latérale sur les murs (Fig.3).

La Chapelle Saint Geniés
Elle est orientée ouest-est, l’abside étant à l’est (l’aurore).
La photographie de la chapelle restaurée montre à l’intérieur les éléments ci-après (Fig.4).
Une abside semi-circulaire voutée en cul-de-four qui semble avoir survécu aux ans avec une fenêtre meurtrière ébrasée bien appareillée dans l’axe de la chapelle. Un arc triomphal de séparation entre l’abside et la nef repose sur des piles engagées très bien appareillées auquel est associée une surélévation de deux marches, séparation symbolique entre le sacré (l’abside) et le profane (la nef).
Une nef de plan rectangulaire et d’architecture disparate avec sur la partie nord un mur très épais (plus de 1 mètre) et trois piles accolées. Le mur du côté Sud est aujourd’hui dépourvu des piles et de contreforts correspondant ce qui explique en partie une dissymétrie de la voute par rapport à l’axe de la chapelle. Une fenêtre ébrasée au Sud, témoigne tout de même du grand âge du mur. La voute de la nef est en bois et plâtre et appartient à des dispositions courantes du XIXe siècle. Le mur ouest comporte une fenêtre désaxée en forme de meurtrière de mauvaise facture et une porte d’accès à la chapelle avec un linteau de réemploi qui n’est pas d’origine. Des traces d’un arc de décharge suggèrent une porte plus grande. Les deux fenêtres basses latérales doivent être récentes toujours dans le but d’éclairer la chapelle, peut être lorsque l’auvent a été rajouté à une date indéterminée.
Le toit de la nef et de l’auvent est en tuiles à deux pans.
Pas de contrefort. Pas de trace d’un clocheton (pourtant une cloche attribuée à cette chapelle a été retrouvée !).

Une histoire possible
A la suite de cette description rapide on peut essayer de reconstituer l’histoire de la chapelle à partir des éléments existants :
- La chapelle pourrait avoir été construite une première fois en voute en pierre plein cintre mais la nef s’écroule au XIe siècle.
- Au XIIe siècle, une reconstruction se dessine : le maçon est obligé d’introduire des piles et des arcs de décharge. Deux piles restent aujourd’hui sur le mur nord. L’enfoncement relatif du mur nord dans la colline évite peut être la construction de contreforts mais pas du côté du mur sud qui devait être différent de celui d’aujourd’hui.
- Au XVIe siècle une nouvelle destruction se produit avec les huguenots ou pillage de pierres ?
- Au XVIIe siècle, la chapelle ou tout au moins la nef est reconstruite, les piliers du côté sud disparaissent, les arcs de décharge aussi. Le charpentier reconstruit une voute plus légère en bois ? L’épaisseur du mur sud reconstruit n’est pas compatible avec une lourde voute en pierre (Voir Fig.4). Des traces de reconstructions sont visibles.
- Au XIXe siècle, une voute en bois et plâtre est construite tel qu’elle est aujourd’hui. Madame Duchausoy , architecte, qui a participé à la restauration du clocheton, a ajouté à la lecture de ce texte : « Une histoire possible mais il faut accepter les lacunes d’archives et de ne pas tenter de la restituer à tout prix. Un récit linéaire est rarement vrai et un millénaire comporte maints revirements même dans la vie d’une chapelle rurale »

Eléments historiques
Nous n’en avons que très peu :
1555 : réception à Vaison des habitants de Cairanne qui ont fui leur village pris par les huguenots. Ceux-ci détruisent moulins et lieux de culte.
1566 : inscription de baux concernant une vigne, quartier de saint Geniès
1687 : De plus donne pouvoir au dit consul d’acheter de la poudre pour faire honneur au très saint Sacrement à la procession de St Geniès patron de ce lieu
1745 : Toutes les assemblés ont donné au consul…pour être allé acheter à Carpentras de la poudre pour honorer la fête Dieu et celle de Saint Genest
1764 : visite pastorale, Du dit jour, Monseigneur l’évêque ayant commis avec M. Raymond curé du dit lieu la visite de la chapelle rurale de Saint Genest patron de Cairanne sur sa grandeur n’ayant pu se transporter à cause des grandes chaleurs, le dit curé lui aurait rapporté que la fenêtre sur la porte de la chapelle est sans vitre, la vitre de la fenêtre du côté du midi ayant besoin de quelques petites réparations, la croix de l’autel…
1791 : Toutes les assemblés ont donné pouvoir à la municipalité pour faire un feu comme de coutume la veille de la Saint Geniés comme aussi de tirer des boites comme de coutume.
1796, le 23 juillet , vente révolutionnaire à l’ancan de trois terres de la seconderie dont une sur laquelle se trouve construite la chapelle rurale de Saint Genies patron de ce lieu, appartenant à la communauté, confrontant…
1853 : le Conseil Municipal propose de racheter la chapelle et le terrain environnant aux descendants Bon qui en sont propriétaires pour créer un nouveau cimetière.
Un sondage ultérieur met en évidence des tombes de type mérovingien autour de la chapelle confirmant l’ancienneté de la chapelle.
1912 : le conseil municipal propose au Préfet de détruire le porche devant la chapelle n’étant d’aucune utilité et que son entretien peut causer des dépenses à la commune…ce bâtiment abrite des charrettes, des instruments oratoires et même certaines récoltes…et de transposer au midi la porte qui se trouve au couchant. Un plan (Fig. 5) et un devis sont faits. Le Préfet n’a pas dû donner son accord !

Feux, "boites" et coutumes en Provence
Il était d'usage en Provence d'organiser des réjouissances pour célébrer la venue de l'été. On s'apprêtait à fêter la Saint-Jean qui coïncide avec le solstice d'été. Ces réjouissances s'organisaient principalement autour de grands feux pétillants. Plusieurs jours avant, les jeunes gens du village allaient de ferme en ferme pour réunir des fagots que chacun réservait pour la constitution du bûcher. A la nuit tombée, le curé ou plus souvent le maire y mettait le feu pour la plus grande joie des villageois, pendant que les cloches carillonnaient. Chaque habitant en faisait trois fois le tour avant que n'éclatent les "boites", chargées de poudre, qui déclenchaient le signal de danses et farandoles endiablées…
Source : www.lacapouliero.fr.

(A suivre)

Gerard Coussot

Summary : This is the description of the Saint Geniès Chapel located nearby the cemementery. The present architecture shows a 12th century structure with numerous rebuildings done all along the years.There is very little information about it in the Archives. At the French Revolution, it was turned into a barn and back to a chapel in the mid-19th century. It has been recently restored.
Michel- Paul Giannini, Les chapelles rurales d’origine romane du département de Vaucluse. Mémoire de l’Académie de Vaucluse, Tome 1, 1967.
Pierres taillées assemblées plus ou moins régulièrement.

Source : Association
Fig.1 : XIe siècle , voute plein cintre en pierre.

Elargissement en dedans et en dehors des parties latérales d’une fenêtre pour faciliter l’entrée de la lumière.
Ou plus simplement encastrées opposé à adossées.
Dans cette configuration, l’arc de décharge a pour but l’allègement du poids du mur sur le linteau.
Cet auvent s’appelle dans le centre de la France un caquetoir (du verbe caqueter = parler). A Cairanne, les bancs en pierre dans l’auvent rappellent bien cet usage.
Source : Association
Fig.2 : XIIe siècle , voute en plein cintre soutenue par un arc de décharge plus piles accolées contre les murs (chapelle de Grimaud dans le Var).
Nous la remercions pour avoir relu et commenté cette chronique.
Archives communales de Vaison-la- Romaine
Archives dépt Vaucluse, BB133.
Archives dépt Vaucluse, BB2.
Archives dépt Vaucluse, archives communales de Cairanne, BB7.
Archives dépt Vaucluse, 6 G 28.
Source : Association
Fig.3 : fin XIIe siècle, voute en berceau brisé.

Archives dépt Vaucluse, archives communales de Cairanne, BB10-02.
Archives dépt Vaucluse, 4Q3 et 7Q13.
Archives dépt Vaucluse, 2O2 87.
Source : Association
Fig.4 : la chapelle Saint Geniès aujourd’hui. La dissymétrie de la voute par rapport à l'axe de la chapelle est bien visible.

Source : Association
Fig.5 : 1912, travaux de « restauration » proposés.

Mise à jour : le 1 janvier 2018
webmaster : Gérard Jacques Coussot