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La chronique du mois de septembre 2017
Restauration du tableau Marie-Madeleine de Pazzi
Eglise paroissiale de Cairanne

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La restauration de ce tableau entre dans le cadre du programme de restauration pluriannuel de six tableaux anciens conservés dans l’église paroissiale de Cairanne. Ce programme est mené par la Mairie en partenariat avec l’Association 'Cairanne et son vieux village'.
La présente chronique décrit le tableau le plus emblématique du programme de restauration car il est signé et daté Louis Parrocel 1673.

Description du tableau
Cette peinture, longtemps conservée de façon précaire dans la sacristie de l’église, représente la Vierge siégeant en majesté, dans le haut du tableau et entourée d’angelots ailés. Elle est vêtue d’une robe rouge, serrée à la taille par une ceinture bleue, et drapée dans un manteau bleu dont un pan forme foulard sur ses cheveux noués. Elle se penche et tourne le regard à droite vers une personne habillée en carmélite portant une couronne d’épines sur la tête, qu’elle s’apprête à protéger d’un voile blanc. A droite un personnage vêtu de l’habit des carmes prend un enfant dans ses bras. Ce tableau pourrait représenter La Vierge remettant le voile à Sainte Marie-Madeleine de Pazzi en présence de saint Albert de Sicile.
Dans l’iconographie chrétienne en effet, la seule carmélite représentée avec une couronne d’épines est Sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Dans sa biographie, il est écrit que violemment tentée de quitter le cloître pour retourner dans le monde elle eut recours à Saint Albert dont on dit que l’enfant Jésus venait souvent se placer entre ses bras . Marie-Madeleine de Pazzi vivait à Florence au XVIe siècle et fut béatifiée en 1667.

Modifications
Le format de cette peinture de belle facture a été modifié. En effet, il était autrefois cintré. Des angles supérieurs ont été ajoutés, vraisemblablement au XIXe siècle. En effet le cadre d’origine en chapeau de gendarme a disparu et les modifications apportées en rajoutant de la toile avec un barbouillage de couleur en font un tableau rectangulaire dont le cadre est beaucoup plus simple à réaliser et donc beaucoup moins cher ! Ce cadre a été restauré par des adhérents de l’association.

Historique
En 1906, lors de l’inventaire dressé en application de la loi, l’agent des Domaines mandaté regroupe sous un lot « 5 grands tableaux à l’huile, non signés et ne paraissant pas avoir une valeur artistique. Sujets des cinq tableaux : Sainte Famille, Scapulaire, Fuite en Egypte, Saint Dominique du saint Rosaire, Sainte Marguerite et anges gardiens. Valeur totale approximative : 400F ».
La formation de l’agent des Domaines (et l’absence d’Internet !) lui fait confondre la représentation du tableau avec celle très voisine du Scapulaire représentant Saint Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix, confusion que nous avons également faite au début de l’analyse de ce tableau.
Des recherches aux Archives Départementales de Vaucluse, au musée Calvet et à la bibliothèque d’Avignon ne nous ont pas permis de retrouver sa trace ni la commande au peintre. On peut s’interroger sur la provenance de cette peinture : a-t-elle été réattribuée à la suite des saisies révolutionnaires ?
Il est étonnant qu’une image savante, loin des dévotions traditionnelles de terroir, ait pu circuler dans les petites paroisses. Cette œuvre nous interroge sur la réception des modèles en milieu rural et sur la délicate question des sources d’inspiration de l’art paroissial. .

Signature
La signature n’a été découverte qu’au moment de l’établissement d’un devis.
Elle est ainsi :
L. PARROCEL IN. ET
PINXI 1673
qui est l’abbreviation de IN(VENIT) ET PINXI(T)
(L. PARROCEL a conçu et peint 1673).

Elle est curieusement doublée par une restauration antérieure...

Louis Parrocel 1634-1694)
Louis Parrocel est né à Brignoles dans le Var dans une famille de peintres. Seuls 14 tableaux sont répertoriés bien qu’il semblerait que sa production fut plus abondante, la très grande majorité évoque des thèmes religieux.Il a laissé une œuvre de grande qualité dans la région (La Cène et le triomphe du Saint Sacrement à Cavaillon, Descente de croix à Brignoles...). Sa vie est peu connue. A 26 ans il est en Languedoc, près d’Alès. Son frère Joseph, âgé 14 ans, le rejoint. Toutefois l’enseignement de Louis laisse Joseph insatisfait. Au bout de trois ans il quitte Louis et deviendra célèbre comme peintre des batailles de Louis XIV.
Revenons à Louis : en 1666 il est à Avignon où il se marie. Il meurt également à Avignon en 1694. Son œuvre traite essentiellement des sujets religieux réalisés à partir de commandes.

Restauration
La restauration a été confiée au restaurateur d’Art Masunaga à Avignon.
La couche picturale est composée d’une couche de préparation rouge de nature protéique (colle animale) et de couches colorées d’une épaisseur variable. L’adhésion de la matière picturale sur le support toile est relativement bonne malgré la présence de petites lacunes de matière colorée, occasionnée par la contexture lâche du support toile. La couche picturale est couverte de repeints débordants très peu solubles aux solvants organiques. La lisibilité de l’image est très réduite en raison de l’encrassement de la surface peinte, l’image a perdu sa profondeur de champs et ses détails délicats.
Les grandes étapes de la restauration ont été les suivantes :
• Dépoussiérage par aspiration
• Suppression des pièces apportées, mise en tension sur un bâti extensible et refixage ponctuel par la face
• Décrassage et élimination des matières filmogènes
• Réintégration des zones lacunaires et des zones de repeints par masticage et retouche
• Consolidation du châssis
• Consolidation du support toile par un doublage de contact
• Vernissage

Financement de la restauration
Un plan de financement a été établi qui comprend des financements étatiques et privés.
Il s’établit comme suit :

Financement Entité Montant
Etatique Commission Gagnière, département de Vaucluse 5 280 €
Mécénat Brusset SA
Hervé Pneus
Aqualter
4 000 €
900 €
1 920 €
Autres Mairie de Cairanne
Association 'Cairanne et son vieux village'
1 000 €
100 €
  Total 13 200 €

Merci au Conseil Départmental de Vaucluse (Commission Gagnière) et aux mécènes qui ont permis la restauration de ce tableau. Il est accroché dans le cœur de l’église.

Gérard Coussot

Summary : The yearly programme of six paintings from the 17th and 18th centuries is going on. To day, we are presenting the most emblematic of those paintings because it is signed and dated, 1673. The painter is Louis Parrocel from a well-known family in Provence. The painting represents Marie-Madeleine de Pazzi, an Italian Saint, beatified in 1667. It is very strange to find such a representation in a rural village. The donation of the painting to Cairanne church remains mysterious.




Source : restaurateur Matsunaga
Le tableau restauré



Bernard Hugo , Abbaye Saint-Hilaire, Vaucluse, communication personnelle. Nous le remercions.
Archives Dépt Vaucluse, 9 V article 7.


Source : restaurateur Matsunga
La signature et la date du tableau


Eve Duperray, Sandra Chastel, dossier historique et iconographique de la commission Gagnière
Di Domenico Yves, Mémoire de maitrise d’Histoire de l’Art, Aix Marseille 1, 1999
Jérome Delaplanche, Joseph Parrocel et son temps (1646-1704), Thèse d’Université Paris IV, 2004.


Source : photographie Jean Guiraudios
Des adhérents de l'association revernissent le cadre après nettoyage et traitement antiparasites.


Toshiro Matsunaga, restaurateur d’Art, Avignon, communication privée.




Les logos des mécénes
Mise à jour : le 15 mai 2024
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